L'Abbaye aux Dames

La première fois que Saintes m'apparut comme la ville essentielle des Charentes fut à la fin des années 1940 lorsque mes parents m'emmenèrent à la cathédrale Saint-Pierre écouter le prêche de carême d'un grand dominicain (je pense qu'il s'agissait du père Carré). Je n'ai aucun souvenir du prêche lui-même mais je n'avais jamais vu d'église aussi grande et pendant tout le parcours qui va de Jonzac à Saintes, mon père nous avait raconté suffisamment d'anecdotes sur ces « Messieurs » de Saintes pour que ma boîte à souvenirs se mette en alerte ! Jonzac était forcément rustique, Cognac orgueilleuse, Rochefort morne et morte, quant à La Rochelle où pourtant nous avions vécu, elle paraissait ne pas faire partie du jeu. Ni Angoulême d'ailleurs.

 

Nos cousins de Saintes, Simone et Robert Musso complétaient à merveille cette idée de ville où tout est empreint de culture et de subtilité. Ils habitaient un bel hôtel particulier, Simone savait raconter ses liens familiaux avec autant de virtuosité que celle de Robert jouant du Schubert sur son Bluthner Belle Époque. Enchantement, émerveillement, depuis le plus jeune âge jusqu'à beaucoup plus tard, lorsque Simone vécut comme une recluse dans son grand chalet de Saint-Georges-de-Didonne ; de sa terrasse, on apercevait la mer, celle de Michelet, mais son regard s'arrêtait au massif de dahlias dont les bulbes venaient de l'exposition universelle de 1889... Chez eux, je m'imprégnais de famille, d'histoire et de musique, du musée Mestreau et du dernier Bayreuth, du vieil oncle Sander Rang mort à Mayotte « en y laissant quelques petits négrillons » et des premiers pas du festival de Saintes avec « ce jeune tout fou » qu'était Alain Pacquier.

 

 Longtemps, nous fumes des occasionnels du festival, plage et enfants obligent ! Puis ayant lu dans Sud-Ouest une lettre ouverte de Jean Rouger, alors député de Saintes, sur les méfaits du crédit à la consommation, je l'invitai à venir visiter Cetelem. Je ne sais si cette réunion l'a convaincu mais je sais qu'à la fin, en le raccompagnant vers son taxi, il me souffla que le festival avait besoin de bras pour son conseil d'administration. L'été suivant, je reçus une invitation à un concert - le Berliner Requiem de Kurt Weil - et j'eus droit à un dîner-examen de passage avec Jean Rouger et Alain de Pracomtal... Depuis, je n'ai jamais regretté d'avoir dit oui.

 

 L'association de l'Abbaye aux Dames regroupe maintenant le festival, une saison musicale à l'année, le Jeune Orchestre atlantique et la gestion du site, elle est ce qui se fait de plus original et de plus ambitieux à Saintes et j'y retrouve la même atmosphère sensible qui colle si bien à l'image que je me fais de la ville, une exigence culturelle qui ne renie rien de ses attaches régionales.

 

Equipe de l'Abbaye aux Dames

 Odile Pradem Faure, directrice générale de l'Abbaye aux Dames, Stephan Maciejewski, directeur artistique, et Philippe Herreweghe, le chef charismatique de l'Orchestre des Champs-Elysées (été 2006, photo Michel Garnier).

 

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