Afin que cette histoire n'ait jamais de fin...

Les agréables obligations confraternelles... Et Vanzac se situe à 4 lieues de Jonzac !

icone pdf Télécharger la version Acrobat Reader (pdf)


couverture-VanzacAfin que cette histoire n'ait jamais de fin...
« Afin que cette histoire n'ait jamais de fin », ainsi se termine ce livre, parce qu'en effet une monographie communale ne connaît jamais de fin ; elle se complète tous les jours d'événements et de souvenirs nouveaux, elle se renouvelle aussi de souvenirs anciens redécouverts et ré-expliqués.


Judith Rapet s'est d'abord signalée à ses voisins de Vanzac en s'intéressant à une de ses ancêtres, Michelle Garnier, une femme qui au début du XVIIIe siècle fit scandale à Vanzac pour s'être enfuie plusieurs fois de chez son mari, puis pour exploiter un moulin et vivre en concubinage avec un marchand. Cette liberté d'existence ayant séduit Judith Rapet, elle en monte une pièce de théâtre qui entraîne l'adhésion de tout le village et en tire ensuite un livre : Michelle Garnier, paysanne et rebelle à Vanzac (1665-1730). Elle y montre d'incontestables qualités d'écriture et surtout de compréhension des êtres. Ceux d'autrefois comme ceux d'aujourd'hui... Il suffit de regarder les seize pages hors-texte de son premier livre où une suite de photos en couleur montre ce que fut la pièce de théâtre retraçant la vie de Michelle Garnier pour tout de suite se rendre compte qu'au-delà de l'adhésion de Vanzac à une soirée théâtrale, s'est opérée une véritable identification des acteurs à leurs personnages, et à travers elle une découverte par tout le village de son passé et de sa charge d'émotion.


Ce talent de Judith Rapet à donner vie à l'histoire se retrouve dans son second texte consacré à Vanzac ; sa caractéristique est de posséder toutes les qualités d'une bonne monographie appuyée sur un travail de dépouillement d'archives, et de lui donner de la chair en n'oubliant jamais que les noms rencontrés dans les registres d'état civil ou les actes notariés concernent des personnes ayant une histoire personnelle, une vie de famille, des problèmes de santé, des désirs de réussite...


C'est ce qui donne tout son intérêt au texte de Judith Rapet : la chair qu'elle réussit à reconstituer autour d'un nom. Dans la plupart des monographies villageoises, on trouve la liste des curés, celle des notaires et celle des instituteurs. De simples listes de noms, sèches et administratives... Grâce à Judith Rapet, ces listes prennent vie en quelques phrases, on entre même quelquefois chez les gens et on comprend mieux à travers ces petites notices de personnages ce qu'était réellement Vanzac dans le passé.


C'est le côté le plus original de ce livre, une histoire de village qui n'oublie pas ses habitants. Le dernier chapitre est d'ailleurs remarquable : il est consacré à des « histoires de Vanzacaises et de Vanzacais », une dizaine d'histoires qui ont fait parler d'elles « au lavoir, les soirs de veillée ou pendant qu'on cheminait en direction de Baignes ou Montendre pour se rendre à la foire », explique l'auteur. Et à leur lecture, on se prend à papoter au lavoir ou à cancaner sur la route de Montendre : « Tu connais la dernière de la petite Augereau ? Elle s'est mise avec le valet de son oncle... Et le ventre de Jeanne, il est bien gros depuis sa cochonnerie près des cochons... Quant aux Garraud, on n'en finit pas avec leurs histoires de bâtards... Au fait, tu sais pourquoi le père Romas s'est retrouvé au bagne ? Il n'aimait pas le vin qui sent la merde de poule et le chaubéni, alors il a pris son épée et a piqué le cabaretier tout au travers... »


Une belle histoire de village comme on aimerait qu'ils en possèdent tous une aussi authentique et chaleureuse de ce qui constitue la « mémoire des gens », leur vécu. Il faut souhaiter un franc succès à ce livre. Il est évident qu'il l'obtiendra à Vanzac, les Vanzacais y reconnaîtront leurs ancêtres, donc une partie d'eux-mêmes ; mais il mérite aussi d'être connu ailleurs, ne serait-ce que pour susciter l'envie d'autres historiens de suivre le même chemin si brillamment illustré par Judith Rapet.


F. Julien-Labruyère

retour Retour au menu