Et tant piqua en cet arroi...

migrants-immigresCasaresIl est un sujet qui m'a toujours remué, moi  le casanier qui ne se présente qu'en Jonzacais ayant été obligé de quitter son clocher. Qu'elle se situe entre villages ou entre continents, qu'elle résulte d'une décision volontaire ou qu'elle soit contrainte par des déplacements ou par des enfermements, la migration des individus à travers le monde possède pour moi une puissance d'évocation et d'émotion qu'aucun autre phénomène sociétal ne parvient à égaler. Probablement pour son mélange de renoncements et d'acharnement à s'en sortir... Il est évident que lançant un livre collectif sur Migrants et immigrés en Poitou-Charentes d'hier à aujourd'hui, je savais que je ne me bornerais pas au rôle habituel de l'éditeur. D'où cet avant-propos écrit en forme de conclusion dans lequel je proposais de dédier l'ouvrage aux duex migrants emblématiques du pays charentais: l'humaniste Elie Vinet et la grande tragédienne Maria Casarès.

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Élie Vinet, le grand humaniste du XVIe siècle, est un fils de paysans installés dans un écart de Barbezieux (16), « lequel devant que mes ancêtres y vinssent, s'appeloit le village des Planches et maintenant porte le nom des Vinets ; (...) mon aïeul, nommé François et surnommé Vinet, qu'on dit Binet en Gascogne et en quelques autres lieux, père de Pierre et de Jehan, se faschant en son pais près de Montagu (85) en le Poitou, qui marchise à Bretagne-Nantoise et pensant trouver quelque meilleur air en la Saintonge ou Gascogne nouvellement pacifiées, pais lhors la plus grande part en friche, à cause des longues et continuelles guerres de la France et Angleterre, se mit, lui, sa femme, ses enfants et tout son autre meuble en une charrette que quatre boeufs traisnoient aiseement : et tant piqua en cet arroi qui arrive là, en l'an mil quatre cens septante, et s'i arresta au moien du bon recueil et hesbergement que lui fit le Seigneur du lieu1. » Ce texte, initialement publié dans Saintes et Barbezieus date de 1568 ; en 1571, Élie Vinet le reprend en le simplifiant dans L'Antiquité de Saintes, ce qui montre son attachement - rare à l'époque - à son histoire familiale.

Petit-fils de laboureur à boeufs ayant migré de son Poitou quasi breton suite à des conditions d'hébergement favorables proposées par le seigneur du lieu pour remettre en état des terres « gâtées » par la guerre de Cent Ans, fils de laboureur sans aucun doute évolué puisqu'il envoie son aîné à l'école de Barbezieux puis au collège de Poitiers, Élie Vinet devient le principal du fameux collège de Guyenne à l'âge de trente ans. Il s'y distingue à la fois par les multiples publications de textes antiques qu'il annote pour les mettre à la disposition de ses élèves, ainsi que du public européen grâce aux éditions réalisées à Bâle et à Paris, et par les onze titres historiques de ses oeuvres personnelles qu'il signe de son nom : « Élie Vinet Saintongeois ».
Troisième génération de migrants poitevins installés en Saintonge en 1470, Élie Vinet est une figure emblématique de son époque pour sa brillante carrière d'humaniste issu du peuple des campagnes. Il est aussi devenu avec le temps le père symbolique de la migration « vendéenne » vers les Charentes, telle qu'elle s'est développée jusqu'aux années récentes. Du charroi du grand-père poitevin au collège de Guyenne dirigé un petit-fils qui s'affirme « Saintongeois », il n'existe pas de personnage plus exemplaire qu'Élie Vinet dans l'histoire des provinces du grand Ouest, toutes marquées par des flux migratoires incessants.
La première manifestation connue d'une forte migration à l'intérieur des provinces de l'Ouest date en effet de la fin de la guerre de Cent Ans, exception faite des grandes migrations anciennes considérées comme des invasions de nature guerrière (Celtes à partir du VIIIe siècle avant J.-C., Germains au sens large à partir du IIe siècle, Arabes et Normands à partir du VIIIe siècle). Nombreuses sont les chartes mentionnant en pays charentais l'état de désolation entraîné par cette guerre, notamment dans les parties sud de l'Angoumois et de la Saintonge où les combats furent plus fréquents qu'ailleurs et durèrent plus longtemps. « Là où soulaient estre beaux manoirs, domaines et héritages, sont les grands buissons », signale en 1441 Philippe de La Boissière, prieur de la commanderie hospitalière du Breuil du Pas, près de Saujon (17)2. On parle alors des « déserts » et des « vacances de terres » pour évoquer des champs abandonnés revenus à la friche, des maisons détruites « plutost demeures des bestes que des hommes »3. Face à cette dévastation des campagnes, un grand appel de populations défricheuses s'organise de tous côtés : dès la paix revenue dans les années 1450, les seigneurs locaux créent de nouvelles tenures appelées « hébergements », proposant aux futurs tenanciers des taux d'agrières attractifs, abaissés jusqu'au 1/10e alors qu'ils étaient plutôt du quart auparavant. Ce qui oblige les seigneuries voisines aux terres intactes à s'aligner pour éviter que leurs tenanciers ne les quittent4 ! Le plus bel exemple connu de ces lotissements de défrichement reste celui de Clérac (17) entre 1463 et 1482, organisé par Bertrand Ardillon, seigneur du lieu, autour d'une agrière au 1/9e et d'un appui technique à la construction des maisons grâce à une tuilerie5.
De cette grande remue6 de familles paysannes, on ignore les effectifs concernés. On sait seulement qu'ils furent importants, touchant l'ensemble du grand Ouest. Parmi eux, il semble qu'à côté de déplacements très locaux, le plus gros contingent migratoire ait été celui des Poitevins descendant vers les pays aquitains avec au premier chef la Saintonge et l'Angoumois. Un des arguments en faveur de cette thèse vient de l'évolution de la langue des villages. Le pays charentais fait partie de ces régions de transition entre les deux domaines linguistiques d'oc et d'oïl. Un des constats les plus frappants qu'on tire de la toponymie est celui d'un vieux socle de noms d'oc, notamment en Saintonge et en Angoumois du sud. Il indique très probablement une langue proche de la famille aquitaine. Or, après le succès des hébergements qui concluent les guerres franco-anglaises, la toponymie rurale change et se rapproche de la famille poitevine, sans toutefois la reproduire à l'identique. Ce fait, reconnu depuis longtemps par les historiens et linguistes régionaux, semble être l'indice d'une migration poitevine forte en cette fin du XVe siècle. Curieusement, elle demeure dans la mémoire identitaire d'aujourd'hui comme un des questionnements conflictuels entre les tenants d'un poitevin ou d'un « poitevin-saintongeais » englobant l'ensemble du Poitou-Charentes-Vendée et ceux d'un saintongeais plus autonome.

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La remue des « marreurs » et des « arrivés »

On imagine volontiers les campagnes et les villes de l'ancien temps comme enfermées sur elles-mêmes. Rien n'est plus faux. Les échanges de populations, saisonniers ou définitifs, constituent une des caractéristiques des sociétés traditionnelles qu'on sous-estime. Dans ce qui est aujourd'hui la région Poitou-Charentes, il convient de rappeler quelques constantes bien connues, économiques la plupart du temps, qui suscitent des migrations. Entre les terres à céréales du Poitou et les vignobles charentais, un échange alternatif se produisait : les vignerons charentais montaient chaque année vers la plaine de Niort pendant les mois de moisson et de battage, tandis qu'à l'inverse, en automne les journaliers des plaines et des bocages poitevins descendaient vers les vignobles aunisiens ou saintongeais7. Quant aux vignes du Cognaçais, elles se voyaient vendangées par des migrants du Limousin ou même de l'Auvergne. Dans ces deux cas, il ne s'agissait pas uniquement de journaliers agricoles mais fréquemment de maçons et de piqueurs. Selon le phénomène classique dit de « noria8 », après avoir participé chez eux aux foins, ils venaient exercer leurs métiers pendant les mois d'été et terminaient leurs remues par les vendanges. Les maçons provenaient du Limousin, les piqueurs d'Auvergne. N'appelait-on pas « rentes limousines » les dégâts apparus pendant l'année dans les maisons charentaises et leurs bâtiments d'exploitation ? Ce qui montre le caractère diffus de ces migrations saisonnières où le vignoble, puis les stations balnéaires des Charentes faisaient office de pays d'accueil à la réputation d'opulence9.
Dans ce même vignoble, non plus au niveau des vendangeurs mais à celui du négoce, l'extraordinaire réussite internationale du cognac est bien connue. Elle est due presque exclusivement à l'entregent de nombreux immigrés du Nord de l'Europe qui se sont installés, depuis les débuts du XVIIIe siècle jusque dans les années 1930. Les noms des Martell, Hennessy, Delamain, Hine, Braastad, Exshaw, Larsen ou Meukow10 sont toujours là pour montrer à la fois l'importance et la pérennité de leur immigration. Ce qui est moins connu, car totalement occulté par les tenants de la véritable cosmogonie créée autour des origines du cognac, comme par les descendants de ces migrants qui, les uns et les autres, y voient une tache à la légende identitaire de la « liqueur des dieux11 », ce sont les difficultés réelles qu'ont connues les différentes générations d'arrivants : accueillis par la méfiance, parfois même par la moquerie des gens en place, ainsi que par la suspicion et les tracasseries des administrations qui craignaient des implantations pouvant favoriser l'ennemi, notamment lors des tensions internationales et des guerres, il a fallu des décennies pour que les négociants britanniques puissent devenir citoyens français et notables acceptés par la région qu'ils contribuaient fortement à enrichir12 !
Madeleine La Bruyère, la grande feuilletoniste charentaise du début du XXe siècle, évoque à plusieurs reprises ces migrants temporaires de l'été qui souvent rêvaient de se fixer en leur pays d'accueil. Les plus déterminés d'entre eux surmontaient les difficultés de toute immigration : en particulier l'apprentissage de la langue, car les variantes d'oc parlées en Limousin ou en Auvergne sont fort différentes du saintongeais et du français alors parlés en pays charentais. Cette acclimatation linguistique certes s'estompe à partir des années 1840, lorsque la scolarisation des garçons commence à se manifester dans le Massif central. Elle reste toutefois le cap le plus difficile à franchir13.
Une fois cet apprentissage effectué, l'installation définitive pouvait se concevoir : la plus célèbre, car la plus réussie, reste celle de Jean Philipon, le grand-oncle de Madeleine la Bruyère : en 1795, il commence à l'âge de quinze ans comme piqueur dans un chantier routier des environs d'Angoulême ; pendant quelques années, il passe la saison d'hiver dans sa famille, à Jullianges (43), puis à la mort de son père, il décide de s'installer en pays charentais. Le « marreur », c'est-à-dire celui qui porte la « marre », autrement dit la pioche, apprend le français, devient chef de chantier de terrassement avant de créer à Archiac (17) en 1820 sa propre entreprise de travaux publics. Celle-ci se développe à un point tel qu'elle devient la plus importante du secteur dans les deux départements charentais, emportant de nombreux marchés publics routiers grâce à la qualité de ses prestations et à ses prix bas, dus en grande partie au système salarial paternaliste qu'il met en place autour de son entreprise : il engage des terrassiers et des marreurs de son Velay natal, les loge dans des maisons ouvrières, les incite à faire venir leurs femmes et leurs enfants, si bien qu'une colonie auvergnate se crée à Archiac, où d'ailleurs elle est plutôt mal considérée par les gens du cru qui la méprisent et s'en méfient14.
Plus anciens encore que le développement routier des débuts du XIXe siècle, l'assèchement des marais littoraux offre un autre exemple, bien connu celui-ci, de lien entre une grande entreprise et une immigration réussie. En 1597, sous l'impulsion d'Henri IV, Humphroy Bradley, un ingénieur des digues hollandaises, établit un rapport sur l'aménagement des marais côtiers, de la Picardie à la Provence, sachant qu'avec cent mille hectares de marais les côtes charentaises sont de loin les principales concernées. Deux ans plus tard, Bradley est nommé « maître des digues et canaux du royaume », en charge tout particulièrement du Marais poitevin et de la Petite Flandre, autrement dit le marais situé au nord de Rochefort (17), qui deviennent les premiers grands chantiers français de ce type. Parmi les privilèges accordés aux « dessicateurs », figure au premier rang la naturalisation des techniciens hollandais que fait venir Bradley : « Ceux des Pays-Bas et autres étrangers qui viendraient trouver ledit Bradley et ses associés seraient réputés ses vrais sujets », indique l'édit royal de 1599. Ils seront nombreux à répondre à l'appel, tout au long du XVIIe siècle15. D'ailleurs extrêmement mal accueillis par les paysans du marais. Deux raisons à cela : les Flamands et Hollandais étaient perçus comme des conquérants, dirigeant les travaux et embrigadant souvent de force les villageois des environs ; qui plus est, ils mettaient à bas le vieux système des usages, car des terres destinées à l'ensemencement supprimaient du même coup les droits immémoriaux de pacage. D'où de véritables révoltes à la fois économiques et identitaires. Les paysans qui travaillaient le jour à élever des « bots » et creuser des « contre-bots » détruisaient la nuit ce qu'ils avaient édifié le jour. Quant aux maîtres et contremaîtres de l'entreprise, à la langue incompréhensible et aux noms imprononçables, les villageois les surnommaient les « arrivés », nom qui est resté jusqu'à aujourd'hui chez plusieurs familles originaires de cette immigration16.
Il est intéressant de noter la similitude existant entre ce surnom des arrivés et celui donné aux néo-ruraux qui s'emparent des campagnes depuis les années 1970 : les « survenus ». Le phénomène de la rurbanisation des villages côtiers et de ceux qui couronnent les principales agglomérations n'est pas considéré par les géographes comme une migration, bien qu'il en possède bien des caractéristiques : même changement d'habitat, dépaysement similaire - ici, de la ville vers la campagne -, même phénomène du surnom à la résonnance d'étrangeté montrant à quel point le sentiment d'invasion est vif chez les habitants de souche, mêmes types de conflits - ici, pulsions vertes contre agriculture et chasse -, même destinée des survenus à bientôt dominer le pouvoir local - ici, la conquête des conseils municipaux17...

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De Cerizay (79) à Basseau (16)


Ces quelques exemples de migrations anciennes figurent en introduction à ce livre pour plusieurs raisons : au premier chef, pour rappeler que les flux migratoires existent depuis longtemps, on pourrait même affirmer qu'ils ont toujours été liés à la nature humaine ; en second lieu, pour signifier qu'ils coïncident le plus souvent à des besoins mal pourvus, et donc à des spécificités professionnelles destinées à les pourvoir ; la troisième constante de ces migrations est systématiquement la même, toujours et partout : les migrants sont mal accueillis parce que, d'une façon ou d'une autre, ils bouleversent un ordre établi, que ce soit au plan économique ou identitaire ; enfin, après des débuts difficiles, fréquemment objets d'embarras administratifs, et une période d'adaptation souvent considérée comme trop longue, s'étalant sur deux ou trois générations, l'intégration des migrants s'effectue quasi toujours avec succès, au sens où le pays d'accueil finalement s'enrichit à leur contact, grâce à la dynamique sociale que représente tout flux migratoire.
C'était vrai de la reconstruction agraire d'après la guerre de Cent Ans, vrai de l'assainissement des marais littoraux, vrai de l'installation des négociants britanniques à Cognac, vrai de la création du réseau routier du début du XIXe siècle, cela l'est aussi, comme on le lira dans ces pages, de la véritable révolution agraire opérée par les éleveurs vendéens dans un vignoble ruiné par le phylloxéra, de ces gascons qui développèrent la récolte de la gemme dans les landes du sud charentais, ou de l'implantation de migrants plus lointains lors de la seconde moitié du XXe siècle, ouvriers portugais à Cerizay, maçons marocains à Saintes, ouvriers turcs à Poitiers ou harkis algériens à Châtellerault... Ces flux importants contribuèrent à la modernisation et au dynamisme retrouvé de la région. Ils faisaient suite à d'autres mouvements de populations, plus diffus, mais tout aussi significatifs pendant la première moitié du siècle : carriers italiens à Chauvigny (86), pêcheurs bretons à La Rochelle, épiciers espagnols un peu partout (« l'Espagnol »), avant que d'autres Espagnols viennent massivement les rejoindre lors de la guerre civile de la fin des années 1930, et se distinguent ensuite par leur engagement militant dans la Résistance.
L'évocation de ces différents flux migratoires montre à l'envi l'originalité de cet ouvrage collectif. Tout d'abord, il s'attache à une région administrative, le Poitou-Charentes, qui n'est pas une région d'immigration focalisant l'attention, comme le sont les grands centres urbains ou les territoires de tradition industrielle. Tissu de villes moyennes et de petite industrie, on pourrait penser qu'y étudier des flux migratoires présente peu d'intérêt. Les contributions ici réunies prouvent le contraire, comme si les concepts nationaux véhiculés par les nombreuses études consacrées à ce sujet se voyaient complétés, nuancés, parfois même infirmés par une observation plus proche de la réalité du terrain. Il n'est nullement paradoxal de constater que c'est justement parce que le Poitou-Charentes ne fait pas partie des grandes zones d'attraction migratoire que son expérience d'hier et d'aujourd'hui y est plus marquante, moins cliché, plus riche d'enseignements, en raison d'une focale plus sensible au détail. Ainsi, exposés transversaux et récits de parcours individuels composent l'ouvrage. Les premiers pour défricher les problématiques, les seconds pour leur donner du vécu, autrement dit de la chair.
En second lieu, il élargit son sujet à des flux très rarement étudiés, comme si l'idée même de migration ne devait correspondre qu'à la seule immigration d'étrangers. Or, quand on analyse les motifs d'une transplantation, les circonstances du départ et celles de l'arrivée, les difficultés de l'intégration au pays d'accueil ainsi que le résultat final de celle-ci, il est extrêmement clair que peu de modalités séparent un flux migratoire d'origine interne au territoire français d'un autre en provenance de l'étranger. Seule, la nationalité les distingue, notion qui n'a pris sa véritable importance qu'à partir du XXe siècle. Qu'on soit italien, espagnol, marocain, turc ou vendéen, on retrouve les mêmes motivations au départ, pauvreté, difficultés d'exercer son métier ou de trouver du travail, sentiment d'avenir bouché. Les mêmes attirances vers un univers plus prometteur dans lequel mettre en oeuvre ses capacités. Le même espoir d'une réussite si on s'y implique avec force, poussé par l'image de soi qu'on souhaite donner à ceux qu'on a quittés et, de plus en plus, par l'aide financière à sa famille restée sur place. Les mêmes embûches administratives, la même réticence, la même antipathie, la même éventuelle hostilité qu'on ressent de la part des autres parce que, pour eux, on sent mauvais, on ne parle pas bien, on n'a pas les mêmes coutumes, on prend leur place, leur boulot, leur logement, on les envahit, on les déshabille d'une part d'eux-mêmes...
Quelques cas particuliers sont également étudiés ici, en particulier ceux des flux migratoires provoqués par les guerres. Certes, ils ne sont pas volontaires et relèvent de la contrainte, mais ils se montrent si prégnants dans la mémoire collective et dans les parcours individuels de ceux qui décident de ne pas retourner d'où ils viennent, le plus souvent en raison d'un mariage, qu'ils s'apparentent aux mêmes conduites de vie et aux mêmes séquelles psychologiques que toute forme de migration.
Ce livre foisonne de situations, tant collectives qu'individuelles. Mais il ne prétend nullement englober l'ensemble des faits et phénomènes constitutifs des migrations en Poitou-Charentes. Il n'est ni une thèse ni un essai à penchant de propagande, quelle qu'en soit le but... Étant l'oeuvre d'historiens et de sociologues dont la caractéristique majeure est de labourer le terrain local des flux migratoires, au plan universitaire ou associatif, leur approche reste très concrète, objective en même temps que bienveillante. Certes, décrire l'itinéraire d'un migrant incite à privilégier sa réussite, ce qui ne signifie pas qu'elle soit le destin commun des autres immigrés qui, le plus souvent, sont porteurs d'une histoire accumulant les déconvenues. Lorsqu'il y a réussite, celle-ci apparaît comme un îlot dans un océan de vies sans horizon où souvent règnent rejet et incompréhension, mais elle se révèle une fierté, un rêve pour tous ceux qui en sont les témoins.
Sans le moindre angélisme, sans non plus la tentation du misérabilisme, les textes qui suivent se veulent le reflet de cette double situation : des parcours individuels réussis en contrepoint de constats sectoriels décrivant des conditions souvent ingrates, si ce n'est douloureuses pour ceux qui les supportent et inacceptables pour la société environnante. Les premiers résultent en général d'une longue histoire personnelle faite avant tout de volonté à s'en tirer, les seconds d'une observation souvent focalisée sur les premiers temps de la migration. Les pages consacrées au quartier de Basseau, à Angoulême, sont caractéristiques à cet égard. Ancien bidonville devenu « ghetto urbain » ayant fait
l'objet d'une étude remarquée parce que remarquable de Didier Lapeyronnie et Laurent Courtois18, Basseau est aujourd'hui le paradigme des « cités invisibles » en France. Le quartier fait fonction de cité de transit des dernières vagues migratoires, les plus fragiles, qui peu à peu font fuir les précédentes. Se joue là une rotation des populations, favorable au processus d'intégration, face à une « ethnicisation » communautaire liée à la politique pratiquée par les bailleurs de logements, ce que la commune renommée reproche ensuite aux habitants de Basseau !
Un des aspects les plus nets que montrent les exemples étudiés ici concerne justement la problématique des communautés. Vilipendé au niveau national comme contraire à l'esprit républicain et dangereux pour l'identité française, le communautarisme constitue un des faux nez typiques de ceux qui refusent l'immigration ; les politiques aujourd'hui s'en affublent, qui adorent les simplifications et les amalgames, ne cherchant en rien à déchiffrer la réalité sur le terrain. Comme si, par magie, un migrant devait s'intégrer seul et dans l'instant à un modèle individualiste qui mit des décennies à s'établir ! Toute remue est une mue, donc une période de faiblesse et de fragilité pour ceux qui la parcourent. Et l'idéal individualiste poussé à son extrême n'existe nulle part. Dans toutes les sociétés qui s'en targuent, la fusion des individus entre eux, autrement dit leur intégration et leur épanouissement personnel, s'effectue toujours par la création de liens de famille, de village, d'école, de clan, de temple, dont le développement conjoint des soutiens psychologiques et des réseaux sociaux actuels ne sont qu'une version avancée. Exiger des migrants qu'ils en soient exclus sous prétexte d'alignement à une institution aussi lointaine que théorique ressemble à la pire des hypocrisies*.
Ce que montre ce livre est une réalité opposée à ces concepts purement doctrinaux. La communauté existe au plan local, elle s'appuie sur des réseaux associatifs nombreux et son action au quotidien est le meilleur garant d'une bonne intégration à venir. Qu'elle soit structurée ou informelle, c'est grâce à elle que le nouvel arrivant apprend les codes de la société destinée à l'accueillir, à commencer par la langue, que progressivement il s'initie aux usages locaux, qu'il découvre les filières nécessaires à trouver un emploi... La communauté, omniprésente au plan local, possède une fonction de sas favorisant le bon déroulement de la migration. Certes, les situations de crise crispent l'esprit communautaire, lui font négliger sa vocation intégratrice et peuvent privilégier des réactions d'auto-défense ethnique. C'est le cas à Basseau où une succession d'erreurs de la ville d'Angoulême, au plan du logement, des transports et de l'aménagement urbain, ainsi qu'à celui de comportements publics le plus souvent conduits par la négligence*, s'ajoutent à une crise de l'industrie locale et de son bassin d'emploi. Cette situation reste heureusement exceptionnelle dans la région. Il existe toutefois 14 ZUS (zones urbaines sensibles) en Poitou-Charentes, mais Basseau-Grande-Garenne est nettement une des plus mal loties. Ces 14 ZUS représentent 3,8% de la population totale de la région (contre une moyenne de 13,1% pour l'ensemble des principales unités urbaines françaises - chiffres de 2006). Elles sont très inégalement réparties au sein de la région : à Poitiers, Niort, Rochefort, Saintes et Cognac, elles se situent toutes en dessous de 10% des populations totales ; en revanche, elles atteignent 16,4% à Angoulême et 18% à La Rochelle et Châtellerault, ce qui situe ces agglomérations parmi les plus élevées en France.

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La double identité


Les communautés au sens strict de structures d'accueil des arrivants ont tendance, avec le temps et l'assèchement des flux, à se transformer en groupes d'animation locale où dominent alors le souci des racines, l'identité d'origine et les manifestations religieuses, culturelles et folkloriques. Ce fut nettement le cas et ce le demeure avec les Bretons de Charente qui font renaître le biniou, ce l'est tout autant avec les Italiens d'Angoulême qui se marient en Ferrari ou les Portugais de Cerizay qui élisent leur Miss Portugal et retrouvent dans leurs épiceries de quoi préparer la sauce du cochon de lait grillé à la broche... Quant à la religion qui suscite tellement de peur et d'incompréhension, face au simple mot « Islam » qui apparaît comme l'épouvantail anti-français des années actuelles, elle est quasi partout, à l'exemple de Châtellerault, un facteur de régulation, intégré dans la « sacro-sainte » laïcité à la française. En ce sens, elle est nettement un « marqueur d'intégration19 ».
Cette double identité, apaisée et assumée, qui ressort de cette évolution des communautés, est le signe le plus net d'une assimilation des migrants menée à bien. Que celle-ci touche la première génération ou plus généralement celle des enfants et petits-enfants... Car le phénomène comporte plusieurs étapes. Souvent deux, parfois trois. Les choix individuels dominent évidemment le processus, mais une constante ressort de ce livre : les deux identités de coeur s'affichent toujours comme liées aux origines et à l'endroit où on vit. Le passé est celui qu'on cherche à retrouver le temps des vacances, famille, cousins, racines, ressourcement... Il peut se conjuguer, comme chez les Hanafi, de Saintes, avec l'émouvante préparation du grand retour au Maroc, celle de leur lieu de sépulture.
Le présent est plus complexe. Il privilégie le local. Nombreux sont les migrants de première génération qui ne se soucient pas de leur naturalisation et préfèrent rester des étrangers, comme ces Algériens de Charente-Maritime heureux de voter à La Rochelle ou à Bordeaux pour élire les députés de leur pays d'origine20. « Je suis purement marocain et purement saintais, alors que mes enfants sont purement français d'origine marocaine », aime à se présenter Mohamed Hanafi. « Je suis français d'origine turque, mais je me sens rochelais de souche », déclare Mehmet Deveci, un entrepreneur de maçonnerie installé à La Rochelle21. « Je n'ai jamais fait les démarches pour devenir français ; je ne voyais pas en quoi c'était utile. [...] Finalement je suis italien et mon coeur est italien. [...] Juste une nuance : mon coeur est à la fois d'Oleron et d'Italie », dit Alberto Cavicchi, dont le restaurant se situe au Château-d'Oleron. Et nombreux sont les migrants de première génération à partager ce point de vue.
Cet attachement local, et dans une moindre mesure, départemental ou régional, n'est probablement pas propre au Poitou-Charentes. Il exprime tout simplement l'assurance en soi qu'offrent les alentours immédiats, leur côté familier, habituel, casanier même, que chacun apprécie, surtout lorsqu'on bâtit sa vie sur un changement radical d'environnement. Que cette vérité de bon sens échappe aux administrations centrales et aux partis politiques conservateurs dépasse l'entendement. Cela se manifeste par exemple dans les discussions qui, comme à Cerizay, ont un caractère carrément grotesque face au projet d'instituer un conseil municipal associé, composé de représentants de la communauté portugaise. Problème qui continue d'agiter de façon tout aussi grotesque les partis politiques, plus de trente ans après, face à l'extension du droit de vote des étrangers non communautaires aux municipales*! Cela se manifeste également dans les incidents de parcours qui frappent les migrants et dont certains journaux se font l'écho, notamment Charente-Libre, le quotidien régional le plus attentif et le plus sensible aux problèmes de l'immigration en général22. Face aux préfectures qui appliquent, les yeux fermés et de façon parfois maniaque, des réglementations de plus en plus contraignantes et tatillonnes, dont l'effet d'ailleurs accentue la désintégration du lien social et encourage le contournement des règles habituelles de société*, les connexions de proximité protégeant les migrants incriminés se mettent en mouvement, au-delà même de l'engagement militant, tout simplement par fraternité atavique de « village ».

Un dernier point sur le contenu de ce livre me semble nécessaire : l'explication du titre. Apparemment, les mots qui le composent sont simples à comprendre. Ils ont pourtant évolué avec le temps. Le premier titre de travail était Migrations et immigrations en Poitou-Charentes. Le mot « migrations » s'appliquait aux flux internes au territoire français et « immigrations » à ceux d'origine étrangère, les seuls à se voir véritablement étudiés au plan national. Puis, assez vite, avec les mêmes connotations géographiques, mais une focale sur les individus et non plus sur le phénomène sociétal, le titre est devenu Migrants et immigrants en Poitou-Charentes. Enfin, à la lecture progressive des textes arrivant au comité de coordination de l'ouvrage et au glissement sémantique perceptible dans leur bibliographie, il devenait clair que le mot « migration » se mettait à recouvrir l'ensemble des flux migratoires, quelle que soit leur origine, et à englober du coup l'immigration. Ce changement de sens nous amena à fixer le titre définitif : Migrants et immigrés en Poitou-Charentes, et à proposer le double concept suivant : le migrant est le sujet agissant, l'immigré celui que les autres regardent agir. Le migrant mène une existence vouée à conduire sa migration, à la réussir, à l'achever au sens de l'achievement que les sociologues américains associent souvent aux vertus du melting-pot. De son côté, l'immigré est celui qui s'introduit indûment dans un territoire qui n'est pas le sien. Le migrant migre, l'immigré s'immisce, le migrant est positif, l'immigré négatif. C'est pourtant le même personnage qui condense en lui les deux faces d'un phénomène dont il est à la fois le sujet fier de son parcours et l'objet d'une stigmatisation assez générale.

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Un apport intellectuel et sensible à la région


Ayant progressivement découvert les textes de ce livre et les ayant appréciés, je tiens à remercier leurs auteurs pour l'intérêt de ce qu'ils ont écrit. Certes, il existe entre eux des différences d'approche et de traitement, mais le tableau collectif qu'ils donnent des Migrants et immigrés en Poitou-Charentes me fait penser à un paysage de fresque s'enrichissant peu à peu de personnages nouveaux qui lui apportent des touches inédites, bientôt fondues, car adoptées par le milieu ambiant qui y trouve un progrès socio-économique, puis un renforcement de son image. Depuis les années 1960, cet apport se manifeste notamment en matière culturelle, dont on sait l'importance pour l'affirmation d'une identité locale, et le phénomène ne fait que se développer. Que l'ours de cet ouvrage comporte un certain nombre d'auteurs personnellement liés à une migration de leur famille n'étonnera personne.
Il est d'ailleurs une spécificité peu connue du Poitou-Charentes qui confirme et surtout renforce l'intérêt que montre la région à la problématique des flux migratoires, bien qu'elle ne soit pas a priori un pays d'immigration massive. Cette caractéristique s'appelle Migrinter. Seul laboratoire de sociologie en France ayant comme objet l'étude des migrations internationales, il a été créé en 1985 à l'initiative du géographe Gildas Simon, professeur à l'université de Poitiers. Sous la double tutelle de celle-ci et du CNRS, Migrinter développe son activité autour de quatre axes : la recherche, un centre de documentation, la fameuse Revue européenne des migrations internationales23 et bien sûr la formation, avec un master spécialisé. Chaque année une vingtaine d'étudiants s'y inscrivent tandis qu'une douzaine de chercheurs y sont en résidence.
Les étudiants et chercheurs étrangers viennent principalement d'Afrique de l'Ouest et d'Amérique du Sud ; il y a quelques années, les Maghrébins y étaient également nombreux, mais depuis la mise en place progressive d'une politique de restriction des visas à leur égard, la plupart sont écartés par l'administration alors même que leurs candidatures avaient été acceptées par l'université. Le phénomène s'étant accru ces dernières années, les demandes d'inscription se sont donc raréfiées au profit des universités de Québec et Montréal. Ce qui, élargi à l'ensemble des universités françaises, constitue à l'évidence un handicap de long terme, tant au plan universitaire qu'à celui de l'économie et de l'influence du pays dans son entier, à une période où la concurrence internationale s'intensifie à recruter des migrants de qualité. L'exemple donné par Mohamed Kamel Doraï, le directeur de Migrinter, mérite réflexion à cet égard. Né au Havre en 1974 et plongé dès son plus jeune âge dans le bain universitaire par sa mère bretonne et son père d'origine tunisienne, qui fut longtemps maître de conférences en psychologie sociale à l'université de Poitiers avant d'être nommé professeur à Rennes, Mohamed Kamel Doraï s'identifie totalement à sa ville Poitiers où il habite depuis 1981 et où il mène toute sa carrière universitaire sur le thème des flux migratoires au Moyen-Orient, ce que lui facilite sa parfaite connaissance de l'arabe, sa langue « paternelle ». Ses principales thématiques de recherche portent autour de la question de l'asile et des réfugiés au Moyen-Orient, des recompositions géopolitiques et des nouvelles dynamiques migratoires qu'elles entraînent ainsi que sur les migrations et pratiques transnationales au sein de la diaspora palestinienne. Il conduit actuellement des recherches sur les Irakiens en Syrie ainsi que sur le processus d'urbanisation des camps de réfugiés palestiniens au Liban. L'étude comparative de réfugiés en camp et hors camp ainsi que l'analyse de leurs parcours et de leurs pratiques spatiales sont développées pour rendre compte des dynamiques socio-spatiales développées par les réfugiés et pour comprendre les articulations camp/ville24.
En parallèle à l'activité de Migrinter dont la symbolique est si importante pour la région en termes de notoriété sur un sujet si présent dans les esprits, une autre manifestation de l'ouverture au monde de la région, grâce aux migrants qui l'ont choisie comme nouveau foyer, se trouve dans un phénomène plus diffus et pas encore étudié en tant que tel, celui de l'attirance, presque de l'envoûtement qu'éprouvent les descendants de migrants pour de nombreuses formes d'expression culturelle en lien étroit avec l'identité régionale*.
Jean Alexiu est né à Paris en 1932 et mort à La Chapelle-des-Pots (17) en 2011. Seconde génération, d'origine roumaine et grecque, il est le fils d'un ingénieur chimiste arrivé en France à la fin des années 1920. Ayant épousé une Charentaise de La Chapelle-des-Pots, il y installe une faïencerie et refait vivre l'ancienne activité des potiers saintongeais dont les oeuvres se vendaient jusqu'au Québec et en Louisiane. Son entreprise de production et de vente, créée en 1961, connaît vite le succès ; il la parachève avec un musée de la céramique traditionnelle de Saintonge, une société savante d'étude et de sauvegarde, une revue spécialisée et de nombreux articles érudits sur la faïence et la mémoire de Bernard Palissy.
Marcel Alberola-Rèche est né en 1932 à Rabat et mort à Angoulême en 1995. Première génération de migrant, après une installation ancienne de sa famille d'origine espagnole au Maroc, il fait partie de ces pieds-noirs ayant reflué en 1963. Installé à Saint-Antoine-de-Brouillac, près de Montmoreau (16), il y crée une grande pommeraie et organise autour d'elle un cénacle culturel de peintres, musiciens et écrivains. Auteur de pièces de théâtre et de poèmes consacrés à la Charente, il publie également un essai resté célèbre : Des Pieds-Noirs dans le jardin charentais de François Mitterrand25 Il était membre de l'Académie d'Angoumois.
Alain Tenenbaum est né en 1946 à Paris. Troisième génération, il est le petit-fils d'un cordonnier lithuanien arrivé en France après la révolution de 1917, qui plus tard ouvrira un magasin de chaussures, et le fils d'un médecin finalement installé à Saint-Maur-des-Fossés (94). Ses études ayant oscillé entre arts décoratifs et art dramatique, il mène une première vie de « touche-à-tout du théâtre », comédien, costumier, décorateur, metteur en scène, tout en pratiquant la sculpture à ses moments perdus. Puis lentement, s'impose à lui le grand projet de son existence : trouver une carrière de pierre pour y créer une oeuvre collective « laissant aux générations futures la trace sensible de notre époque ». Après avoir longtemps cherché la carrière idéale, il la trouve à Port-d'Envaux (17). Et si son projet fou réussit à convaincre, « c'est parce que, en Charente-Maritime, beaucoup plus qu'ailleurs, la pierre correspond à quelque chose dans la tête des gens ». Naissent les Lapidiales qui font se rencontrer un village d'anciens carriers et des sculpteurs venus du monde entier pour une résidence d'artiste. En une dizaine d'années, surgit un impressionnant théâtre de pierre, en une sorte de mine à symboles jouant de l'hybridation multiforme du passé, du futur, du local, de l'universel, du fantasme, le tout intimement scellé à la terre. Alain Tenenbaum dit s'être toujours considéré comme un migrant, je modifierais volontiers en prodigieux migrant philosophique 26.
Denis Montebello est né à Épinal en 1951. Seconde génération, fils d'un maçon italien dont il raconte l'histoire dans un très beau livre, Tous les deux comme trois frères (Le temps qu'il fait, 2012), poète et romancier d'un style raffiné, il est l'auteur de nombreux titres dans lesquels le Poitou-Charentes est loin d'être absent avec entre autres le magnifique Sentiment océanique (Rumeur des âges, 1988) dont Régine Chopinot s'inspirera pour créer un ballet du même nom, le classique Contes et légendes en Poitou-Charentes (Nathan, 1997) et le surprenant Fouaces et autres viandes célestes (Le Temps qu'il fait, 2004).
Didier Quella-Guyot et Alain Quella-Villéger, frères jumeaux sont nés à Rochefort en 1955. Troisième génération d'une famille de migrants espagnols, ils sont tous les deux professeurs à Poitiers et tous les deux écrivains. Didier est l'auteur de nombreux ouvrages théoriques sur la bande dessinée ainsi que de scénarios de BD, la plupart tournés ver la région, comme un sur Mélusine et un autre sur Les amours de la Roche-Courbon (17). Alain s'oriente vers l'exotisme avec plusieurs ouvrages sur Pierre Loti dont il se révèle un des grands spécialistes, et la création dune revue spécialisée Le Torii, du nom des entrées de temples au Japon. Il excelle dans la biographie et l'histoire culturelle locale (Poitiers et Rochefort). On lui doit aussi un beau roman Port sépia (Le Croît vif, 2002) qui met en scène Rochefort au début du XXe siècle. Il est membre de l'Académie de Saintonge27.
Jean-Luc Terradillos est né en 1957 à Poitiers. Troisième génération, fils d'un artisan maçon, lui-même fils du garde-champêtre des Trois-Moutiers (86). Celui-ci, originaire de la province d'Avila en Espagne, veut émigrer vers l'Argentine, mais au moment de prendre le bateau à Bordeaux, sa femme prend peur et ils se rabattent vers le Loudunais où son attachement local ainsi que son rejet viscéral de l'Espagne restent célèbre dans la famille. Après des études de philosophie, Jean-Luc devient journaliste, se spécialise dans la culture, notamment régionale, ce qui lui fait obtenir la rédaction en chef du magazine culturel L'Actualité Poitou-Charentes, poursuivant ainsi à sa manière cette inclination pour la culture régionale, entre fierté du Loudunais et plaisirs de l'île de Ré.
Michel Téodosijévic est né en 1960 à Paris. Seconde génération, fils d'un ancien fonctionnaire des Affaires étrangères qui émigre vers la France et devient agent de voyage. Romancier, journaliste, installé à Saint-Savinien (17), il y crée en 1999 une librairie associative, le Passage des heures, puis se lance dans l'édition régionale avec de nombreuses publications de monographies illustrées de villages charentais. Il se considère comme de culture française aux racines serbo-byzantines. Ses liens avec la Serbie restent étroits : baptêmes orthodoxes des enfants, vacances familiales entre la côte adriatique et les cousins de Belgrade, militantisme dans plusieurs associations d'aide aux étudiants serbes et aux enclaves serbes du Kosovo.
Cyril Pedrosa est né à Poitiers en 1972. Seconde génération, il est un des dessinateurs et scénariste de bandes dessinées les plus primés aujourd'hui. Notamment au festival de la bande dessinée d'Angoulême dont il est un des fidèles. Un de ses derniers albums s'appelle Portugal et est consacré au mélange de son enfance poitevine et sa nostalgie de déraciné28.
Karimouche est née à Basseau en 1977. Seconde génération, elle est une chanteuse connue de hip-hop et se définit elle-même comme « berbère charentaise ». « Je me sens métisse grave dans tout. Avoir deux cultures, c'est enrichissant, c'est un mélange que je revendique.29 ».
Cette liste, loin d'être exhaustive, illustrerait-elle l'idée que les descendants de migrants sont plus sensibles à leur environnement que ne le sont les « souches » ? Je le pense, malgré la faiblesse de l'échantillon. Il n'y a d'ailleurs rien d'étonnant à cela. Cette floraison correspond en effet au développement récent des flux migratoires dans la région, et on sait que ceux-ci avivent la sensibilité et la créativité de ceux qui en sont les enfants. Ne dit-on pas qu'un nouvel arrivé est souvent plus royaliste que le roi, plus charentais qu'un Charentais, plus poitevin qu'un Poitevin... Il a tout simplement besoin de se conforter ; c'est aussi sa politesse, souvent inconsciente, de renvoyer l'ascenseur à ceux qui l'accueillent.

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La porte ouverte sur la nationalité française par un simple village charentais


Le 20 juillet 1976, sept mois après la mort de Franco, quarante ans après son départ en exil pour la France, Maria Casarès débarque à Madrid. Elle doit y répéter et jouer Les Revenants d'Ibsen. Dans ses mémoires, elle ajoute entre parenthèses : « Sans commentaire30. » C'est la première fois qu'elle revient en Espagne. « En cas de besoin, je m'étais munie d'une paire de lunettes de soleil énormes et presque noires. Les derniers temps, par deux fois, j'avais été prise à la gorge d'une irrésistible envie de pleurer et je n'avais trouvé nulle force pour la maîtriser31. »
Maria Casarès est née à La Corogne en 1922 et morte en 1996 à Alloue (16). Fille d'un ancien premier ministre de la République espagnole, elle devient comédienne et mène une des plus belles carrières qui soit au théâtre, autant à son aise dans un texte d'Euripide, de Racine ou de Shakespeare. Sociétaire de la Comédie française, membre de la troupe du TNP, elle côtoie les plus grands comédiens, Jean Vilar et Gérard Philipe, devient la compagne d'Albert Camus et, de tournées en tournées, se voit reconnue dans le monde entier comme la plus grande tragédienne de son temps. « Je vivais dans un shaker », elle évoque également le « bûcher théâtral » pour dire à la fois la passion qui la dévore dans son métier et la pression d'une existence aussi pleine. Puis elle ajoute : « Depuis que j'ai quitté l'Espagne en 1936, j'ai toujours vécu en état d'urgence32. » Les lignes qu'elle consacre à sa condition d'exilée espagnole sont parmi les plus profondes jamais écrites, et s'appliquant en cela à toutes les migrations : « Il nous fallait mériter de vivre [...] tout réapprendre. Et les manières. Et l'esprit. Et le coeur. Il fallait refouler jusqu'au néant, si on le pouvait, les derniers vestiges de la personne que l'on avait été, pour devenir la même mais une autre. [...] Ce n'est pas pour rien que l'on dénomme du même terme "hôte", à la fois l'amphitryon et le convive, car si l'un offre abri et hospitalité, l'autre se doit de s'offrir lui-même et de gagner l'asile ainsi donné, en apprenant, en comprenant et en respectant les coutumes, les pensées, tout ce qui fait l'existence de l'autre. Et il ne s'agit pas ici d'idées surannées ou de morale rétro ; il s'agit d'un phénomène on ne peut plus primitif, d'une loi vieille comme la vie en société elle-même ; la loi de chacun pour défendre son espace vital. Si l'on s'y trompe, on le paye vite ; et de nos jours, où les règles sont rejetées d'un seul bloc avec les valeurs, on le paye parfois de sa vie, du côté de celui qui est reçu comme de celui qui reçoit. Oui, l'exil ou l'émigration réapprennent les lois de la jungle et ils exigent pour être viables les raffinements des hautes civilisations. S'adapter. Voilà un pouvoir qui ne peut être donné à tout un chacun ; c'est un privilège. Car pour s'adapter, sans toutefois se perdre, il faut un certain sixième sens de l'existence ; inné, je crois ; il faut une écoute aiguë et un regard d'aigle ; il faut [...] une ardente volonté de vivre ; ou bien des charges ou des responsabilités ; il faut porter un âge où les racines puissent reprendre quelque part, ou bien l'espoir de les retrouver un jour là où on les a laissées33. »
Pour illustrer la couverture de ses mémoires et sa vie dans un shaker, Maria Casarès choisit un des tableaux les plus fameux de Goya : El pelele, le pantin désarticulé que quatre jeunes femmes jouent à lancer en l'air et à faire rebondir sur un drap.
Puis soudain tout change. « Une trêve qui me permettrait de souffler quelques mois durant. "Nous nous reposerons, oncle Vania34" Reposer. Loin de la ville. Hors du bûcher théâtral. À la fraîcheur de la Charente.35 » Maria Casarès a toujours vécu dans un petit appartement qui domine les toits de Paris. Elle l'appelle son pigeonnier, comme si la « résidente privilégiée » dont elle porte le titre de séjour ne pouvait pas et ne devait pas s'attacher à un lieu autre que sa Galice d'origine. À la façon du pigeon voyageur ou du pantin qu'on lance en l'air.
En 1960, avec André Schlesser, son nouveau compagnon, un comédien et cabaretiste d'origine gitane, elle achète un ancien manoir à Alloue, en bordure de la Charente. Elle le considère d'abord comme une simple résidence secondaire. Elle prend plaisir à la meubler tandis qu'André défriche le jardin. Mais elle le cache à ses amis de Paris et du théâtre, parce qu'elle ressent une contradiction entre cette maison, rassurante mais étrangère à son destin, et son titre de séjour sur lequel s'affiche « dans un coin, oblitérée, une photo tirée du film de Jean Cocteau, Orphée, qui présente une tête : celle de la Princesse de la Mort36 ». Alloue reste donc « le trou où je m'isole, le cocon où je me refais.37 »
Les années passent. Malgré Alloue, « la terre dont j'ai été faite est la Galice. Je suis née au théâtre des Mathurins. Ma patrie est le théâtre et mon pays d'origine l'Espagne réfugiée. [...] J'habite le sixième étage du 148 rue de Vaugirard en tant que résidente privilégiée.38 » C'est pourtant là-bas, en regardant couler la Charente, qu'elle commence à écrire ses mémoires. Revenant de Madrid, après plusieurs semaines à jouer Ibsen, elle arrive à Alloue, « là-bas, à la lisière des terres charentaises, au bord du courant qui va rejoindre l'océan, [...] il gardait pour moi les lieux où je voulais renaître. L'exil était terminé. Avant même qu'il ne le soit en vérité. Avant que Franco ne meure. [...] Familière d'espaces ouverts, j'ai dû m'enfoncer sous la terre. [...] Au centre se tenait celui qui m'attendait sans m'attendre, celui qui, présent ou absent, m'accompagnait - anxieux - dans ce tunnel où en novembre 1977 j'ai voulu m'engager pour savoir qui j'étais - celui que j'ai épousé le 27 juin 1978.39 » Maria Casarès demande alors la nationalité française et, comme si cette porte ouverte par un village charentais sur le symbole éminent d'une intégration, devait se voir complétée par une véritable introspection, elle ajoute : « Aujourd'hui je sais que, pour mieux chercher qui je suis, il faudrait à ce livre un second volet celui où [...] je chercherais encore quelle peut être cette patrie mouvante où je me suis enracinée.40 »
André Schlesser et Maria Casarès reposent au cimetière d'Alloue sous deux pierres tombales jumelles. Le domaine de La Vergne a été légué par elle à la commune d'Alloue et transformé selon ses dernières volontés en Maison du comédien où s'effectuent des résidences d'artistes et se donnent des représentations théâtrales associant des comédiens amateurs de la région. Curieusement, à part la maison du comédien d'Alloue, aucun autre organisme de Charente et du Poitou-Charentes ne porte le nom de Maria Casarès, alors qu'en dehors de la région trois théâtres (Gennevilliers-92, Montreuil-93 et Sin-le-Noble-59), trois établissements d'enseignement (Avignon-84, Rilleux-la-Pape-69 et Saint-Denis-93) s'en sont emparé, sans compter trois villes qui possèdent une rue Maria Casarès (Montauban-82, Morières-lès-Avignon-84 et Montpellier-34).
Je suis certain que tous les auteurs de ce livre approuveront le fait qu'il soit dédié aux deux migrants les plus célèbres qui se sont posés en Poitou-Charentes, Élie Vinet Saintongeois et Maria Casarès.


François Julien-Labruyère

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1 Desgraves, Élie Vinet humaniste de Bordeaux (1509-1587), vie, bibliographie, correspondance, bibliothèque, p. 1.
2 François de Vaux de Foletier, Histoire d'Aunis et de Saintonge, Boivin, Paris, 1929, p. 57.
3 Jean Glénisson, « Les biens des hospitaliers dans le diocèse de Saintes », SAHCM 1974, tome XXV, p. 127 sq.
4 Exemple de Charles de Coëtivy baissant l'agrière de toute sa châtellenie de Didonne (17) en 1489 au 1/9e.
Julien-Labruyère, Paysans charentais, histoire des campagnes d'Aunis, Saintonge et bas Angoumois, tome I, p. 133.
5 Jean Glénisson, « La reconstruction agraire en Saintonge méridionale au lendemain de la guerre de Cent Ans », Revue de la Saintonge et de l'Aunis, tome I, 1975, p. 65 sq.
6 Le mot vient d'Abel Poitrineau dans son grand ouvrage de référence sur les migrations saisonnières affectant les massifs montagneux français : Remues d'hommes, les migrations montagnardes en France, XVIIe- XVIIIe siècles, Paris, Aubier-Montaigne, 1983.
7 Julien-Labruyère, op. cit., tome II, p. 182.
8 Phénomène de la migration saisonnière répétée chaque année par des hommes seuls, qu'on observait encore récemment entre l'Europe des chantiers de construction et l'Afrique des villages sans ressources, phénomène qu'on observe encore aujourd'hui dans le secteur agricole. Wihtol de Wenden, La Question migratoire au XXIe siècle, p. 104.
9 Exemple rencontré récemment de Pierre-Gabriel Leff, un maçon du Dorat (87), qui s'installe à Puyravaud (17) à la fin du XIXe siècle. Au début, il emploie des maçons saisonniers venant de la Basse Marche, très exactement selon la tradition des « rentes limousines » puis avec la création de la station balnéaire de Châtelaillon (17), plusieurs familles s'installent autour de Surgères. Les descendants de l'entrepreneur, dont un ancien pharmacien de Rochefort (17), cultivent toujours la mémoire de leur ancêtre, en raison de ses difficultés de départ et de sa parfaite réussite entrepreneuriale.
10 Si Otard ne fait pas partie de cette liste, c'est parce que cette famille s'est fabriqué une généalogie écossaise au début du XIXe siècle. Louis M. Cullen, Le Choix de Cognac, l'établissement des négociants irlandais en eau-de-vie au XVIIIe siècle, Le Croît vif, 2006, p. 72.
11 Selon Victor Hugo.
12 François Julien-Labruyère, Cognac Story, du chai au verre, L'Harmattan, Le Croît vif, 2008, p. 323 ; id. Louis M. Cullen, op. cit., passim.
13 De nombreux passages concernent cette difficulté linguistique dans les romans de Madeleine La Bruyère : par exemple dans La Ganipote (Henri Gautier, 1905, passim) ou dans Toujours tout droit, histoire d'un chemineau (SFIL, 1910, réédition Le Croît vif, 2008, passim) où, dans les années 1820, une institutrice appelée Scholastique (sic) donne des leçons de français aux piqueurs auvergnats des chantiers routiers du sud charentais.
14 François Julien-Labruyère, Maman Madeleine, mémoire d'outre-Saintonge, Le Croît vif, 1993, pp. 130-136 et 212 ; id. La Haute-Saintonge (coll.), Le Croît vif, 2007, p. 332 ; id. Dictionnaire biographique des Charentais (coll.), Le Croît vif, 2005, p. 387 (notice Dantony).
15 Louis Papy, La Côte atlantique de la Loire à la Gironde, Delmas, Bordeaux, 1941, tome II, p. 347 sq.
16 Julien-Labruyère, Paysans charentais..., op. cit., tome I, pp. 174-178.
17 François Julien-Labruyère, L'Alambic de Charentes, Le Croît vif, 1989, p. 126. Exemple caractéristique de Thairé-d'Aunis (17).
18 Didier Lapeyronnie et Laurent Courtois, Ghetto urbain, ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd'hui, Robert Laffont, 2008, 628 p. (voir partie 4). Laurent Courtois est un des contributeurs de Migrants et immigrés en Poitou-Charentes.
* Opinion personnelle qui nécessiterait sans doute des nuances et qui, pour cette raison, n'est probablement pas partagée par l'ensemble des auteurs de ce livre.
* Idem...
19 Leyla Arslan, « La religion est un marqueur d'intégration », Le Monde, 14 octobre 2011. Leyla Arslan est l'auteure d'Enfants d'Islam et de Marianne (PUF, 2010) et la coordinatrice de l'enquête Banlieue de la République (patronnée en 2011 par l'Institut Montaigne, think tank de la droite modérée et soutenu par une centaine de grandes entreprises françaises, donc en rien soupçonnable d'un quelconque angélisme).
20 Mélina Lhermitte, « La communauté algérienne aux urnes », Sud-Ouest, 28 avril 2012.
21 La Rochelle, le journal, octobre 2009. Cet entrefilet du magazine municipal m'a donné l'idée de lancer ce livre collectif.
* Opinion personnelle (voir note 21).
22 À titre d'exemples : Sylviane Carin, « Verteuil vent debout pour son sans-papiers » (19 mai 2008) et « Verteuil sur la RN 10 pour son sans-papiers » (24 mai 2008) (Sylviane Carin est un des co-auteurs de ce livre) ; Jean-François Barré, « Les longs voyages des sans-papiers » (15 juin 2010) ; Stéphane Urbajtel, « La peur au ventre depuis l'expulsion de leur frère » (2 septembre 2011), tous articles publiés par Charente-Libre.
* Opinion personnelle (voir note 21). Je n'irais pas jusqu'à prétendre qu'il s'agit d'un but caché de ces règlementations. Certains le disent ouvertement...
23 La Revue européenne des migrations internationales, connue sous son acronyme graphiquement étrange de REMi, fut la première manifestation de Migrinter, avant même que le laboratoire existe en tant que tel, « elle a pour vocation de publier les travaux de recherche, empiriques et théoriques, des différentes disciplines concernées par les migrations internationales et des relations interethniques ». Elle publie un numéro par an dont les articles, toujours fort documentés, font référence « comme observatoire permanent de la diversité des espaces étudiés et de l'évolution des approches, de la complexité mouvante des migrations internationales et des dynamiques sociales ».
24 Voir le site internet de l'Institut français du Proche-Orient.
* Connaissant mieux les Charentes que la partie poitevine de la région, la liste qui suit s'en ressent fortement.
25 Alberola-Rèche, Des Pieds-Noirs dans le jardin charentais de François Mitterrand, 1984.
26 Voir Alain Tenenbaum, Les Lapidiales, le livre des dix ans, Association des Lapidiales, 2011.
27 La plupart de ces notices tirent leurs sources du Dictionnaire biographique des Charentais (coll.), Le Croît vif, 2005.
28 Mélanie Pinto, « "Saudade" d'un déraciné », Charente-libre, 28 janvier 2012. La saudade exprime la nostalgie d'un bonheur ou d'un pays perdus. Le fado, chanson populaire portugaise, est la meilleure façon de manifester sa propre saudade.
29 Christelle Lasaires, « La gamine de Basseau, star à Musiques métisses », Charente-Libre, 10 juin 2011. Musiques métisses est un festival dédié aux musiques du « Sud », notamment africaines. Créé en 1975 par Christian Mousset, il est un des signes d'un réel degré d'ouverture au monde en provenance de la région. Moins connu mais plus fort en symbolique militante, le festival Plein Sud de Cozes (17) est orienté vers la danse, accueillant des artistes africains depuis plus de vingt ans. Voir Ronan Chérel, « Plein Sud prend un coup de jeune », Sud-Ouest, 11 mai 2012.
30 Maria Casarès, Résidente privilégiée, Paris, Fayard, 1980, p. 16.
31 Ibid., p. 15.
32 Ibid., pp. 139 pour le shaker et 108.
33 Ibid., pp. 136 et 137.
34 Ce sont là les derniers mots de la fameuse pièce de Tchekhov. Maria Casarès vient d'y interpréter le rôle de Sonia qui décide de rester sur le domaine, en compagnie de son vieil oncle Vania.
35 Casarès, op. cit., p. 108.
36 Ibid., p. 352.
37 Ibid., p. 360.
38 Ibid., p. 353.
39 Ibid., pp. 418-420.
40 Ibid., p. 420.

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