L’enfant des Charentes

Peut-être tout simplement devrais-je écrire « l’enfant de Jonzac » ? C’est en effet là que j’ai appris l’essentiel, au sens où l’enfance est féconde. C’est là que je suis allé à l’école, c’est là que j’ai été tout à la fois enfant de chœur et garnement des petites bandes, c’est surtout là où j’ai découvert des règles de représentation sociale qui me sont revenues tout au long de ma vie, soit pour l’enfermer, soit pour la libérer en l’enrichissant.

 

première traverséeDepuis bien avant ma naissance, Jonzac était une attache, Saint-Palais des vacances à sucettes chaudes, plus tard Chenaumoine ou Corme-Écluse seraient des maisons d’harmonie, et Barbezieux, Saint-Julien ou même Brillac résonneraient en fantasmes de famille : « J’étais destiné à m’épanouir en m’enracinant », comme le dit si justement Pierre-Henri Simon, dont les liens jonzacais sont si proches. J'ai toujours en mémoire les livres écrits par mon arrière-grand-mère : en fait, personne dans la famille ne les avait lus, mais leur contenu fusait en légende transmise oralement et Jonzac y tenait le rôle principal. Si bien que, là encore, plus tard, je ne pus échapper à la fascination de son oeuvre, en particulier au souvenir du petit livre rouge dont Jonzac constituait le point de départ : c'est ainsi que j'ai souhaité rééditer Ma Première Traversée au titre doublement initiatique, celui d'une descente  de la Seugne, en barque, celui aussi d'une vie entière portée par l'envie d'horizons lointains.

 

Jonzac m’a toujours semblé une métaphore pour exprimer à la fois mon origine et mon territoire, une petite bourgeoisie qui compense sa situation par de splendides généalogies (!) et un pays charentais qui, parce qu’il est souvent méconnu ou blagué – la charentaise ! –, devient une sorte d’insigne, mi gri-gri, mi clin d’œil.

 

La route qui mène de Jonzac à Saint-Palais reste sans doute l’axe de mon attachement aux Charentes : elle passe par la forêt de la Lande où se cachent à la fois les sources de la Seudre et l’origine de ma famille, puis découvre la Gironde, laisse deviner Corme-Écluse et Chenaumoine, traverse ce qui fut le champ de ruines de Royan et se poursuit jusqu’à la Grande Côte et la Côte Sauvage où mes rêves continuent de recréer mes promenades d’enfant.

 

Et pourtant, Chavignon existe et n'a cessé d'exister. Chavignon, ce petit village situé juste en dévers du Chemin des Dames : là, vivait mon grand-père maternel ; là, l’enfant des Charentes passait ses plus belles vacances : mêlant mémoire des tranchées et caresses dans les meules de foin, alliant liberté et leçon de vie, l'enfant des Charentes les vivait comme une émancipation face aux protocoles minuscules de Jonzac ou aux futilités fuyantes de Saint-Palais. Quelquefois tombe une pierre de l'ancien mur de la forteresse...

 

 

Quelques liens avec mes lieux de prédilection charentais (Jonzac, la Haute-Saintonge, Royan, Saint-Palais-sur-Mer, Corme-Ecluse, Saintes, Brouage...) et Chavignon :